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Entretien avec Marie Laforêt, 2 mois après la sortie de son livre Vegan

À peine 2 mois après sa sortie, le nouveau livre de Marie Laforêt, Vegan, a déjà dû être réimprimé ! Pas peu fiers du succès de cette bible de la cuisine végétalienne, on a demandé à l’auteur les clés de sa réussite. marie-laforet-vegan

Vegan, qui est paru le 30 avril dernier , fait un carton. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Aucun gros livre complet sur la cuisine vegan n’était encore sorti en France, donc je m’attendais à ce qu’il ne passe pas inaperçu, mais je n’imaginais pas pour autant qu’il rencontrerait un tel succès. Quand les éditions La Plage m’ont annoncé, au bout d’à peine un mois, qu’elles devaient déjà le réimprimer, j’ai été très agréablement surprise !

D’après vous, qu’est-ce qui explique ce succès pour un livre qui, a priori, s’adresse à une communauté marginale, celle des vegans ?
C’est probablement parce que le livre n’a pas été conçu pour ne s’adresser qu’à des vegans convaincus, mais aussi à tous ceux qui s’intéressent à ce mode de vie ou à cette cuisine sans jamais avoir osé franchir le pas. Le livre reprend toutes les bases de la cuisine et de l’alimentation vegan et propose des recettes pour tous les niveaux. Enfin, même si dans l’introduction, le Dr Bernard-Pellet et moi-même insistons sur les raisons éthiques qui poussent à devenir vegan, et si l’on trouve au fil du livre quelques pistes de réflexion (sur les œufs par exemple), l’ouvrage ne se veut pas dogmatique. C’était important pour moi de mettre l’accent sur le partage et la convivialité en présentant cette cuisine au grand public. Je voulais vraiment montrer que la cuisine vegan n’est pas réservée qu’aux vegans, que c’est une cuisine pour tous.

Qu’est-ce qui fait que cette cuisine attire même les non-vegans ?
Je pense qu’il y a une vraie prise de conscience, depuis quelques années, sur la question de l’alimentation. Les gens veulent savoir ce qu’ils mangent et sont concernés par les questions environnementales et du traitement infligé aux animaux. Le côté plus sain de cette cuisine attire évidemment aussi beaucoup de personnes, et l’étiquette « nouveauté », voire même carrément « tendance » que la presse colle à la cuisine vegan ces derniers temps attire de nombreux curieux, leur donne envie de découvrir autre chose.

Vous avez fait des signatures en librairies, rencontré des lecteurs. Quels retours avez-vous eus sur vos recettes, sur le véganisme en général ?
J’ai eu des retours très positifs. Beaucoup de gens me disent « merci », ce qui est probablement une des choses qui me touchent le plus. Je pense que le véganisme est en train de sortir de la marginalité où on l’a longtemps cantonné. En existant aux yeux du grand public avec des boutiques, des restaurants et des livres, le mode de vie vegan se démocratise et attire plus de monde. Les gens se rendent compte que cette cuisine est loin d’être ce qu’ils imaginaient, et ont envie d’essayer.

À ceux qui croient que la cuisine vegan est triste, monotone et peu créative, que répondez-vous ?
Je leur demanderai s’ils ont déjà mangé un bon repas vegan et les inviterai probablement à tester une ou deux recettes. Souvent les gens ont eu une mauvaise expérience chez quelqu’un ou dans un restaurant et décident que ça s’applique à toute une cuisine. La cuisine vegan est aussi riche et variée que toutes les cuisines du monde. On trouve d’ailleurs de plus en plus de livres dédiés à la cuisine vegan d’autres cultures (cuisine vegan latino ou afro-cubaine par exemple), et si on compare Vegan avec les livres de cuisine américains (les plus nombreux sur le sujet), on voit nettement l’influence des différentes cultures culinaires. Dans mon livre, j’ai inclus beaucoup de recettes typiquement françaises (des recettes provençales ou bretonnes, de la blanquette, des terrines, des quiches, des escalopes à la crème, etc.). On peut réaliser tellement de choses différentes en cuisinant vegan qu’il est impossible de s’ennuyer. C’est une cuisine extrêmement créative qui ne s’interdit rien et qui a de quoi étonner les plus sceptiques.

Et à ceux qui imaginent que les vegans sont pâlots, maigrichons, carencés, qu’ils mettent en danger la croissance de leurs enfants et autres clichés négatifs ?
Les clichés ont la vie dure malheureusement, mais je pense que celui du vegan carencé et maigrichon a tendance à disparaître. On présente souvent les vegans comme des tristes sires, qui ne prennent pas de plaisir à manger, or je n’ai jamais rencontré des gens aussi obsédés par la bonne nourriture et gourmands que parmi la communauté vegan. Quant à la question de la nutrition, c’est très compliqué en France de présenter une information éclairée et indépendante sur ce sujet quand les lobbies de la viande et du secteur laitier font un tel travail de désinformation dans les médias. Quand des médecins qui travaillent pour des entreprises de ce secteur affirment à la télé ou dans la presse que les produits laitiers sont essentiels à la croissance et au maintien de la bonne santé osseuse, et se permettent même de dire que l’alimentation végétalienne est criminelle pour les enfants, nous ne faisons pas le poids face à une machine commerciale de cette envergure, même si nous avons de notre côté des études bien plus sérieuses et indépendantes ou des médecins bien plus impartiaux et spécialistes de la question, comme le Dr Bernard-Pellet. Après, ça devient un débat politique, les instances de santé publique doivent absolument offrir une information claire sur ce sujet et cesser de favoriser dans leurs recommandations les produits d’une industrie très largement subventionnée et aux lobbies très puissants, produits dont on sait aujourd’hui qu’ils ne sont pas essentiels à une bonne santé et qu’ils sont même plutôt néfastes lorsqu’on les consomme régulièrement. Mais je crois qu’avant que notre gouvernement ne reconnaisse, comme c’est le cas en Australie par exemple, que l’alimentation vegan est adaptée à tous, y compris aux jeunes enfants, aux femmes enceintes et aux personnes âgées, nous avons encore un peu de temps devant nous !

Le véganisme a-t-il de l’avenir en France ?
Si on regarde la progression des commerces vegans ces derniers temps, je pense que les chiffres parlent d’eux-mêmes. De l’autre côté, la consommation de viande en France est en baisse depuis plusieurs années. Si l’on continue à avoir plus d’offre, la demande ne cessera probablement pas d’augmenter. Il y a aussi un phénomène très naturel : lorsqu’un nouveau courant de pensée émerge dans une société, il est souvent très marginal au départ, puis il touche une certaine partie de la population, devient moins confidentiel et finit par se démocratiser. Aujourd’hui le véganisme semble être une tendance en plein essor. Et quand on voit que le nombre de vegans aux USA a déjà plus que doublé, que les végétariens et vegans sont de plus en plus nombreux dans le monde, il n’y a aucun doute que ce mouvement s’inscrira de manière durable dans le temps. Il sera peut-être même une des évolutions majeures de notre société durant ce siècle.

Interview réalisée par Clémentine Bougrat.

Vegan
Retrouvez le livre Vegan de Marie Laforêt